1ère maison de ventes aux enchères française spécialisée en livres, autographes et monnaies

Monnaie féodale

La monnaie (du latin moneta) est un instrument de transaction dans un matériaux solide tel que le métal. La monnaie se définit selon trois critères conventionnels : par son étalon (poids de référence de la pièce), son aloi (la proportion de métal précieux par rapport à celle de métal vile dans la monnaie) et son estampille (la marque d’authenticité de l’institution émettrice).

Qu’est-ce qu’une monnaie féodale ?

Les monnaies féodales désignent toutes les pièces émises par les seigneurs, les évêques, les abbayes ou les villes indépendamment de l’autorité du roi de France. Sur le plan chronologique, les monnaies féodales précèdent les monnaies royales françaises puisqu’elles résultent de l’émiettement du pouvoir royal carolingien sur le territoire franc au profit d’un renforcement des autorités et institutions locales. En effet, bien que le roi de France dispose du droit de monnaie dès les prémices de la dynastie capétienne en s’arrogeant le droit de « légiférer sur la monnaie et ses moyens de production », une grande partie de seigneurs et de religieux locaux ont conservé ce privilège. Il s’agit du seigneuriage. Indépendamment de ceux-là, certains pouvaient se voir confier le droit de monnaie par délégation royale : dans les comtés ou territoires où il existait un atelier monétaire, le roi de France accordait des diplômes de concession. Cependant, il n’en demeure pas moins que bon nombre de grands nobles aient usurpé ce droit de monnaie en échappant à l’encadrement régalien.

Organisation et circulation de la monnaie féodale

Concernant l’organisation monétaire du monnayage féodal sur le territoire français, nous nous devons de constater une hiérarchie entre ses acteurs. En bas, le maître d’atelier devait une contribution financière à leur comte ou évêque. Au-dessus de ce maître se trouvaient les grands féodaux. Ceux-ci ont, à l’image du roi de France, leur propre Chambre des monnaies ou des comptes. Celles-ci avaient pour rôle de rédiger les ordonnances de frappe des monnaies féodales.

À cette époque, il ne suffisait pas d’avoir le droit de battre la monnaie pour produire des pièces. Il fallait que cette monnaie ait des chances de perdurer. Les féodaux possédant des mines étaient avantagés si bien que le duc de Bretagne (exemplaire d’un Gros à la couronne du duché de Bretagne vendu pour 1.220€ par la maison Alde le 9 mars 2018) ou des comtes du Dauphiné produisaient de façon pérenne.

Selon Jules-Adrien Blanchet, la véritable raison d’être des monnaies féodales se comprend par la décentralisation du pouvoir royal durant le bas Moyen Âge. Les monnaies typiques émises par les comtes ou les évêques sont frappées à l’occasion de foires, de marchés ou d’autres événements économiques de cette ampleur. Ces monnaies étaient également frappées lors du règlement de la solde des guerriers du fief (exemple d’un Spadin de Nancy du duché de Lorraine vendu par la maison Alde le 24 juin 2019 pour 138€). Il est aussi important de comprendre que les monnaies féodales circulent au gré des alliances politiques des territoires féodaux du royaume de France. Sous le règne du roi Louis IX, dit saint Louis (1214 – 1270), de vastes réformes monétaires sont entreprises si bien que le pouvoir royal s’efforce de s’opposer à la diffusion des monnaies seigneuriales sur le territoire français : « la monnaie du seigneur ne doit avoir court que sur sa terre ». Cependant, par moment impuissant face aux usages locaux et à la coutume des territoires féodaux, la monarchie autorise la circulation de certaines monnaies dans des lieux donnés. Par exemple, il n’était pas rare de rencontrer des pièces lyonnaises en Savoie ou bien des modules angevins en Touraine.

Au lendemain de la guerre de Cent Ans, suite à l’expulsion définitive des troupes anglaises du royaume de France, le monnayage royal connait un nouvel équilibre. La politique de contrôle de la haute noblesse française et des grands feudataires (terme synonyme de vassal) par le roi Louis XI (1423 – 1483) assied toujours plus l’Administration royale sur le territoire et enterre l’influence des monnaies féodales dans le paysage économique d’alors. Dorénavant, une maigre poignée de seigneurs et de nobles peuvent encore financer la fabrication de monnaie féodale. Cependant, une caractéristique, intrinsèque aux monnaies féodales, va les faire perdurer. Leur faible aloi entre en concurrence directe avec les monnaies royales dès le début du XVe siècle. Dans un royaume décimé par les guerres de Religion, certains seigneurs français émettent leurs propres monnaies dans le but de signifier leur réticence avec le pouvoir royal central lors des affrontements opposants catholiques et protestants.

C’est au courant de l’Ancien régime que les monnaies seigneuriales connaissent leurs dernières lueurs et défenseurs. Les tentatives royales d’anéantissement de la féodalité sous le gouvernement de Richelieu et le règne de Louis XIV entérinent la disparition de la monnaie féodale au profit d’une monnaie royale centralisée.

Monnaie féodale. Duché de Lorraine. Charles II (1390-1431). Gros, Nancy.

A/. Le duc debout de face, tenant l'épée. R/. Grande croix et double légende.

Argent. 2,29g.