Médaille romaine

La phaléristique (du grec phálara : « plaque de métal brillante ») est une discipline scientifique concentrant ses études autours des décorations, des ordres ainsi que des médailles. Ce domaine se tourne principalement vers les ordres militaires, religieux, de chevalerie, de mérite mais encore vers les décorations non officielles (les médailles et insignes d’association).

Dans le sens propre du terme, le mot médaille provient du latin medalia (le demi-denier) désignant la petite monnaie des commerçants. Une médaille est un objet métallique dans la plupart des cas circulaires. Leur avers reproduit un personnage historique tandis que son revers une scène plus ou moins allégorique liée à cette même personne.

La médaille républicaine : des inspirations monétaires grecques aux faits d’armes de la Guerre civile

Aux balbutiements de la cité de Rome en 753 avant notre ère, les échanges commerciaux se faisaient en nature (voir la fiche sur les médailles antiques). Ce n’est qu’à partir de 400 avant J.C. que le système du troc est remplacé par un système numéraire rationnalisé. D’abord constituée des aes de bronze, l’économie romaine se renforce avec l’arrivée du denier et de ses subdivisions en argent à partir de 211 avant l’ère commune. Conçues sur une iconographie grecque, ses monnaies arborent l’effigie des dieux du panthéon latin et la figure allégorique de la capitale du Latium : « ROMA » (voir le lot 64 de la vente du 12 juin 2018 vendu pour la somme de 244€). Au cours du premier siècle avant J.C., la République romaine est déchirée par la Guerre civile. Cette lutte entre les différentes classes de la société italienne voit s’opposer une poignée de chefs charismatiques. Ces figures comprennent l’intérêt de l’usage de la médaille à des fins de publicité. Parmi eux, nous pouvons citer Jules César (lot 199 de la vente du 19 octobre 2016 vendu pour 1.366€), Marc-Antoine (lot 69 de la vente du 12 juin 2018 vendu à 366€) ou encore Octave (lot 214 de la vente du 19 octobre 2016 vendu pour la somme de 11.000€) futur empereur Auguste en 27 avant notre ère : Actum est de republica… (« C’en est fait de la République »).

La médaille impériale romaine : un « ars moneta » au service de la puissance de Rome

L’avènement de l’Empire avec le sacre de l’empereur Auguste signe la fin des querelles de la Guerre civile. Conscient de la fragilité du lien invisible unissant tous les administrés de l’Empire autour de leur chef, le souverain renforce son emprise grâce au pouvoir de la médaille. La dynastie des Julio-Claudiens met en place un véritable culte autour de leur famille si bien que Rome est indissociable de ce clan. A l’image de Tibère (lot 2 de la vente du 09 mars 2018 vendu à 3.050€), Caligula (lot 74 de la vente du 12 juin 2018 vendu pour la somme de 18.300€) mais encore de celle de Néron et de son épouse Antonia (lot 230 de la vente du 19 octobre 2016 vendu pour 36.600€), les premiers empereurs sont investis d’un rôle divin que seul le ciel peut préserver des menaces aussi bien externes qu’internes. Avec l’arrivée au pouvoir de la dynastie des Antonins à Rome en 96, l’Empire jouit d’une prospérité et d’une étendue inégalée : c’est l’ère de la Pax Romana. Sous cette époque des « Cinq bons empereurs » selon Machiavel, l’art de la médaille atteint son âge d’or sous les mains des artisans du règne de Trajan. Cet empereur comprend qu’une médaille est un objet de propagande que rien ne peut égaler en raison de sa mobilité dans l’Empire. L’art de la monnaie se codifie de plus en plus et les coins s’uniformisent (lot 244 de la vente du 19 octobre 2016 vendu à 7.320€). Les monnaies de ses prédécesseurs, aussi bien de l’empereur Hadrien que de Marc-Aurèle (lot 60 de la vente du 24 juin 2019 vendu pour la somme de 331€), témoignent d’une Rome pacifiée de l’intérieur mais encore menacée sur les bords de son Limes lors des guerres contre les Daces de l’Est. La médaille, plus que jamais, est le témoignage des services rendus à l’Empire. En effet, le grand pontife décerne des médailles diplomatiques en guise de cadeau à ses plus fidèles élites et alliés politiques.

La médaille à l’heure du Bas-Empire : entre déclin de l’Occident et prospérité de l’Orient

À partir du IIIe siècle, l’Empire romain traverse de grandes difficultés. Lui, dont les frontières s’étendent de la Mauritanie à l’Arménie en passant par la Bretagne, fait les frais des invasions « barbares » venant de ses provinces les plus reculées. Une crise économique et monétaire inédite amène le pouvoir central à réformer le système numéraire (voir la fiche sur la monnaie antique) et à introduire une nouvelle monnaie de compte plus fiable que ses prédécesseurs : le solidus (lot 301 de la vente du 19 octobre 2016 vendu par Alde pour 36.600€). En plus de glorifier la personne de l’empereur, les médailles romaines du Bas-Empire permettent de transiter l’iconographie paléochrétienne à travers tout le territoire (surtout dans l’Empire d’Orient). Là, des monnaies arborent le chrisme (symbole chrétien représentant le monogramme du Christ des lettres grecques Ι, Χ et Ρ).

Les spécialistes de cette période, à l’image de l'historien Michel Pastoureau, considèrent que les médailles byzantines appartiennent encore au champ de la médaille antique en raison de la stabilité de l’iconographie romaine orientale dans le système monétaire de Constantinople (lot 305 de la vente du 19 octobre 2016 vendu pour la somme de 947€).