Médaille renaissance

La phaléristique (du grec phálara : « plaque de métal brillante ») est une discipline scientifique concentrant ses études autours des décorations, des ordres ainsi que des médailles. Ce domaine se tourne principalement vers les ordres militaires, religieux, de chevalerie, de mérite mais encore les décorations non officielles (les médailles et insignes d’association).

Dans le sens propre du terme, le mot médaille provient du latin medalia (le demi-denier) désignant la petite monnaie des commerçants. Une médaille est un objet métallique dans la plupart des cas circulaires. Leur avers reproduit un personnage historique tandis que son revers une scène plus ou moins allégorique liée à cette même personne.

La Renaissance italienne : la réinvention de la médaille antique aux portes du Moyen Âge

Tout oppose la médaille antique à nos médailles modernes. En effet, au moment de l’âge d’or de l’Empire romain, bien que les médailles soient frappées lors d’événements exceptionnels (comme des jubilés impériaux ou des alliances politiques), celles-ci conservent une valeur légale d’échange contre du numéraire (voir la fiche de la médaille antique).

La tradition médiévale byzantine et occidentale de la médaille s’inscrit dans les pas de l’Antiquité. Les disques de métal sont, pour la plupart, coulés à l’occasion de cadeaux diplomatiques honorant l’autorité émettrice et le destinataire de la médaille.

Depuis le début du XXe siècle, les spécialistes s’accordent sur le fait que la plus ancienne médaille « moderne » étant parvenue jusqu’à nous est une médaille italienne de 1390 commémorant la reconquête de la ville de Padoue par le seigneur de Carrare.

Les productions de médailles effusent dès le début du XVe siècle dans le centre de la péninsule italienne. Cependant, ces travaux relèvent davantage du travail de l’orfèvre et du joaillier que du médailleur à proprement parler. C’est ainsi que l’Histoire retient l’œuvre de Vittore Pisano, dit Pisanello (1397 – 1455) comme celle du premier médailleur de l’ère moderne. A lui seul, Pisanello élève l’art de la médaille au rang des disciplines les plus nobles de son temps aux côtés de la peinture, de la sculpture mais encore de la littérature.

L’influence de Pisano est telle en Italie du Nord que de nombreux imitateurs nourrissent l’art de la médaille dans la première moitié du XVe siècle : Leon Battista Alberti (1404 – 1472), Matteo de’ Pasti (1420 – 1468) mais encore Niccolò di Giovanni Fiorentino (1418 – 1506).

La diffusion de la médaille en Europe : des lignes gothiques aux formes maniéristes

À partir des années 1450, les artistes médailleurs italiens traversent les Alpes et exportent leur savoir-faire aux seins des Cours européennes. Sur le plan artistique, le royaume de France, le Saint-Empire romain germanique ainsi que les Flandres se trouvent encore dans leurs retranchements gothiques.

La première médaille moderne française est frappé à l’occasion de la fin de la guerre de Cent ans afin de commémorer l’expulsion des Anglais du territoire royal.

Les médailles françaises s’apparentent alors à de larges pièces de monnaie plates dont l’iconographie ressemble à des sceaux. En effet, il faut attendre le début du XVIe siècle pour que la médaille française s’affranchisse des motifs et des traditions artistiques médiévales. Là, que ce soit sous les règnes des rois Charles VII, Louis XI, Charles VIII mais encore Louis XII, la fabrication des médailles est réservée à une élite.

De l’autre côté du Rhin, l’art de la médaille trouve un écho retentissant. Les artisans allemands diffèrent cependant des médailleurs italiens ou français puisque les modèles des médailles ne sont pas faits dans du plâtre mais taillés dans du bois. Il en découle ainsi le caractère anguleux et sec des médailles allemandes. Parmi les artistes médailleurs allemands les plus notables nous trouvons Albrecht Dürer (1471 – 1528), Christoph Weiditz (1498 – 1559) mais encore Friedrich Haguenauer (1499 – 1546).

À la même époque, aux Provinces-Unies, les maîtres médailleurs créent une manière propre issue de la synthèse des styles italiens, français mais aussi allemands. La prospérité de la République des Provinces-Unies durant les XVIe et XVIIe siècles ne dément pas le succès de l’art de la médaille. En raison des nombreux conflits et invasions de puissances étrangères, la médaille acquiert un rôle politique et « historique » à travers ses fonctions commémoratives.

« L’Été de la médaille française » : un âge d’or artistique de François Ier à Louis XIV

Entre les règnes de François Ier (1494 – 1547) et d'Henri III (1551 – 1589), un certain goût pour le faste et la luxuriance s’installe dans la cour du royaume de France. Ce contexte, favorable aux arts, encourage au raffinement des techniques de conception des médailles. En ce temps, les autorités officielles ainsi que des commanditaires privés ont de plus en plus recours à la médaille afin de commémorer des événements historiques ainsi que de glorifier les dirigeants à l’image des empereurs romains. Dès la première moitié du XVIe siècle, les médailleurs français rivalisent d’ingéniosité pour produire des médailles du diamètre d’une pièce de monnaie. Parmi eux, les médailleurs Marc Béchot (1520 – 1557), Claude de Héry (mort en 1582) mais aussi Étienne de Laune (1519 – 1583) s’illustrent particulièrement.

Les vacillements du pouvoir royal lors des guerres de Religion amènent à une reconfiguration totale de la place du monarque dans la société française. Les ministres et chroniqueurs du royaume, à la toute fin du XVIe siècle, mettent en place la « légende de Henri IV » au travers des médailles. En effet, soucieux de sa volonté de faire coexister les catholiques et les huguenots en France, le roi Henri IV inscrit les monarques dans une mythologie fidèle à l’iconographie politique de la Renaissance. Le médailleur Philippe Danfrie (1535 – 1606) immortalise Henri IV sous les traits de l’Hercule gaulois, emblème d’un prince héroïque triomphant de ses plus dangereux ennemis. La dynastie des Danfrie est à l’initiative de l’« Été de la médaille française » durant lequel l’art de la médaille atteint son apogée dans le royaume de France. En ce temps, trois grands médailleurs s’illustrent dans la cour de Catherine de Médicis et de Louis XIII. Germain Pilon (1535 – 1590), Guillaume Dupré (1574 – 1647) mais encore Jean Varin (1604 – 1672).

L'art de la médaille décline grandement dès le début du règne de Louis XIV (1638 – 1715). Auparavant, la gravure de la médaille était un art libre que tout artisan avait le droit d’exercer. Chaque médailleur avait la pleine liberté pour créer les motifs, les sujets et les thèmes de son choix. La médaille s’institutionnalise cependant, décourageant petit à petit les créateurs indépendants.