Livres de photographies

La photographie désigne le procédé et la technique permettant d’obtenir l’image durable des objets au travers de la lumière sur une surface sensible.

De Nicéphore Niépce à Louis Daguerre : genèse et essor de la photographie

Depuis les prémices de la création des « vues instantanées », de nombreux chercheurs et ingénieurs se sont succédé afin de parfaire la technique photographique. Ils n’ont que pour but de rendre le procédé plus fiable, plus rapide mais encore moins coûteux.

Bien que la première forme de photographie remonte, selon certains spécialistes, au XVIème siècle dans les ateliers de l’érudit italien Giambattista della Porta (1535 – 1615), le premier à avoir réussi à fixer la lumière sur un matériau n’est autre que le français Nicéphore Niépce (1765 – 1833). Ce dernier, connu comme l’inventeur de la photographie moderne, parvient à capturer le Point de vue du Gras (1827), alors plus ancienne photographie qui nous soit parvenue, par le moyen de ce qu’il appelle le « procédé héliographique ». À la mort de Niépce, son successeur Louis Daguerre (1787 – 1851) perfectionne les procédés de son associé en créant le daguerréotype en 1837. Percevant l’infini potentiel de ce nouveau média, François Arago (1786 – 1853) annonce officiellement la découverte de la photographie par une communication à l’Académie des sciences, le 7 janvier 1839. La même année, le français Hippolyte Bayard (1801 – 1887) découvre le moyen d’obtenir une image directement positive sur papier (le temps de pose n’oscille encore qu’entre trente minutes et deux heures) et son confrère anglais, William Henry Fox Talbot (1800 – 1877) brevète le calotype : premier procédé photographique négatif/positif.

L’immense succès de la photographie est immédiat, si bien que le procédé s’exporte de façon fulgurante à travers la France, l’Europe et le monde.

Pascal SÉBAH.

Album de 53 photographies de voyage en Égypte et ailleurs [fin du XIXe siècle].

Important album de photographies de voyage, contenant un portrait signé de zouaves pontificaux, deux vues de la cathédrale de Bourges, dix-huit de Sicile (Montreale, Palerme, Agrigente, Taormine, etc.) et trente-deux d'Égypte (colosse de Ramsès II, Palmiers à Gizeh, bords du Nil, pêcheurs, deux vues du Sphinx, Mosquée Al-Azhar, cimetière arabe, vues panoramiques du Caire, etc.), de grand format (env. 25 x 20 cm), sauf quatre vues plus petites (env. 14 x 10 cm).
On y trouve notamment quelques très belles vues animées du Caire et de l'Égypte par Pascal Sébah (1823-1886).
De la bibliothèque des ducs de Luynes.

L'album qui avait été estimé 1 000 à 1 200 euros par nos experts a été vendu 1 500 euros en vente aux enchères en 2019.

La photographie à travers le monde : des missions scientifiques aux albums de voyage

En raison du coup important que demande la réalisation de photographies dans ses premières années d’existence, le tirage de nouveaux clichés relève davantage de l’État ou d’une poignée de riches commanditaires.

En effet, en 1851, la Commission des monuments historiques de France commandite la Mission héliographique auprès de photographes chevronnés dans l’objectif d’inventorier les bâtiments et monuments les plus remarquables du patrimoine français. Entreprise alors inédite en son temps, l’État charge cinq photographes, parmi lesquels Henri Le Secq (1818 – 1882) mais encore Édouard Baldus (1813 – 1889), de capturer les vues de 175 édifices.

La photographie est de plus en plus perçue comme une « mirabilia » permettant de capturer les sociétés et les monuments des peuples lointains. A l’exemple de l’Italien Pietro Luchini (1800 – 1883), de nombreux artistes se lancent à la conquête photographique de la Turquie, du Levant mais encore de l’Égypte (Album de vues de Turquie de Robertson & Beato vendu aux enchères le 8 décembre 2007 pour 42.000€). Les rivages du Nil offrent un terrain privilégié pour les photographes : monuments antiques et paysages luxuriants se succèdent au fil des cataractes du fleuve (album de 53 photographies de voyage en Égypte de Pascal Sébah vendu par la maison Alde le 12 avril 2019 pour 1.875€).

Chine – Singapour. 1893-1894.

Shanghai : rade, fleuve, rue, entrée de la ville chinoise, quai de la ville chinoise, maison de thé, voiture, mandarins, fumeurs d’opium, enterrement, État-Major chinois, orchestre, types de femme, mosaïque de femmes chinoises, pagodes, jonques. — Hong Kong : quais et moyens de transports, route de Victoria Peak. — Singapour, pont de Cavenach, place du Palais de Justice, temples chinois et Mohamedan, jardins botaniques Victoria Regent, les réservoirs, villages de Buggis, Pulo Brani, famille de Kling, voiture de place, char à bœuf, marchands ambulants chinois, c. 1880.

Album de 34 tirages albuminés, légendes manuscrites sur les pages, légendes et numéros dans le négatif pour Singapour, titré et daté en doré sur la couverture. 20,5 x 26 cm - 13 x 10 cm (4).

Exceptionnel album estimé à 10 000 / 12 000 euros et vendu 15 000 en vente aux enchères publiques en 2013.

Le livre de photographie : support privilégié d’un art pictural industriel

En cette seconde moitié de XIXème siècle, l’industrialisation des procédés photographiques prend un tournant sans précédent avec la commercialisation des premiers appareils de la marque Kodak en 1888. La démocratisation de la photographie créé un véritable engouement dans la population si bien que de nombreuses personnes composent elles-mêmes leurs albums (Album de vues albuminées de monuments de France vendu le 12 avril 2019 par la maison Alde pour 250€).

La photographie acquiert de plus en plus de notoriété parmi les artistes si bien qu’elle est qualifiée de « huitième art ». Dans les années 1880, le mouvement photographique du pictorialisme touche des artistes du monde entier : cette mouvance souhaite « dépasser la simple imitation mécanique et stricte de la nature pour ériger la photographie en un art autonome et distinct des Beaux-Arts traditionnels ». Dès le début du XXème siècle, la photographie est l’un des principaux supports que les avant-gardes emploient dans leur art. Le mouvement dadaïste des années 1910 hisse le photomontage comme forme d’expression esthétique à part entière. Les artistes surréalistes prônent : « l’autonomisme abstrait et l’académisme illusionniste » par le biais de la photographie. André Breton (1896 – 1966) se fait le défenseur des expérimentations photographiques surréalistes dans une société traumatisée par les guerres (exemplaire de La Photographie n’est pas l’art de Man Ray précédé d’un avant-propos d’André Breton vendu par Alde le 16 mars 2007 pour 1.800€).

La photographie se fait également le témoin privilégié des avancées techniques de son temps en se plaçant au cœur des conflits mondiaux du XXème siècle. Les photographes capturent des instants de vies des soldats comme des civils pendant la Première Guerre mondiale (ensemble de documents photographiques de l’entre-deux guerres vendu le 27 avril 2018 par la maison Alde pour 625€) et dans les guerres de décolonisation à partir des années 1950 (ensemble de photographies d’Afrique du Nord vendu par Alde le 29 avril 2021 pour 250€).

Helmut NEWTON. Sumo.

Monte Carlo, Taschen, 1999.

Édition illustrée de plus de 400 photographies de mode, de publicité et de portraits de célébrités par Helmut Newton.
Tirage à 10 000 exemplaires signés, vendus uniquement par souscription, celui-ci le n°4436.
Avec ses 35 kg et 70 cm de haut, cet ouvrage colossal retrace le travail du photographe, célèbre pour ses sulfureux clichés de mannequins nues.

Estimé 2000 à 3000 euros, ce gigantesque ouvrage de photographies a été vendu aux enchères publiques pour 2500 euros en 2018.